par Jean-Pascal Bruno
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30 novembre 2025
S’il est bien un fait établi, que nous en ayons seulement le lourd sentiment ou la certitude qui nous tenaille, c’est que nous vivons actuellement dans un monde en totale crise , véritablement tous domaines confondus, une époque charnière où nos sociétés se sont assez tristement mondialisées en uniformisant drastiquement les diverses mentalités et toutes les traditions , ainsi que les modes de vie et les perspectives d’un progrès qui fait finalement plus de ravages que de bienfaits, des dégâts non seulement sur l’intégralité de l’Humanité mais aussi sur la planète entière via les immenses saccages répétés d’une biodiversité soumise à nos dévastateurs caprices. D’une matérialité souveraine portée par la science et le rationalisme, en passant par une volonté ultime d’optimisation de tout ce qui nous entoure et de gain de fausse performance à outrance, nous voici arrivés au bout d’un chemin, comme face à un mur, dans une irrémédiable impasse idéologique, sociétale et existentielle où la véritable crise expose sans vergogne l’inversion des valeurs naturelles, mais aussi de celles qui façonnent l’entendement humain avec la perte de la vérité au profit d’une tragique incertitude, de ce déni de la plupart des principes universels qui ont forgés notre essence pour suivre un véritable mirage institutionnalisé, une incroyable et dangereuse hallucination collective qui pourrait aboutir à notre globale et irréversible extinction . Déjà au siècle dernier, dans ses ouvrages d’une impressionnante lucidité, René Guénon , ésotériste, grand initié et métaphysicien de haut niveau, explicitait cette progressive et inéluctable perte mémorielle en occident de ce qu’il nommait la tradition primordiale . Il en envisageait ainsi, de manière très claire et formelle, la presque totale disparition à notre époque contemporaine, notamment des principes supérieurs sous l’emprise d’un "âge sombre" agissant sous l’influence déstructurante d’une ère nommée Kali-Yuga par les hindouistes, et dont il voyait aussi à terme en Orient, avec une réelle résignation teintée d’un savant pragmatisme spirituel, la lente mais inexorable désagrégation. Quelques années plus tard, avec l’anthropologue et ethnologue de renom Claude Lévi-Strauss , le même constat se vérifiait jusqu’aux confins des terres des peuples premiers d’Amazonie avec cette invasion à la fois culturelle, spirituelle et industrieuse de nos sociétés dites modernes, détruisant ainsi les derniers ilots de ces peuples indigènes auparavant protégés par la nature et par leurs croyances pluri-millénaires. Que ce soit dans le livre "Tristes Tropiques" de Claude Lévi-Strauss ou bien dans "La Crise du Monde Moderne" de René Guénon, tous deux ont décrypté historiquement à leur façon et de manière responsable et éclairée l’absurdité de notre très dangereuse "modernité" et la terrible perte de sens qu’elle instaure en tous lieux où elle passe avec cette fuite en avant vers un invraisemblable progrès destructeur .