Retour aux sources de l’Alchimie et ses perspectives
Le simple profane, l’homme moderne d’aujourd’hui, verra dans
l’Alchimie un terme assurément désuet, couvert de la poussière moyenâgeuse des temps chaotiques, ténébreux et incultes où les
esprits savants de l’époque s’affairaient dans l’obscurité de leur temps. Dans la réalité historique nous devons tous beaucoup à l’Alchimie, non seulement comme précurseur des
sciences avec cette volonté farouche de découvrir ce qui se cache derrière la
Matière, mais aussi en termes d’évolution de
l’Homme lui-même face à cette incessante recherche de
Vérité universelle. Les deux concepts sont en effet intimement liés, l’on ne peut assurément pas séparer l’expérimentateur humain, lui-même fait de la matière qu’il étudie, sans qu’il soit
de facto dans l’extrême obligation de s’inclure dans sa propre étude. C’est justement cette ambiguïté, entre la proximité de la
physique avec la
métaphysique, qui caractérise l’Alchimie, ce que les sciences modernes ont voulu écarter, voire dissimuler en brandissant l’unique prétexte d’une certaine nouvelle modernité prônant l’essentiellement quantifiable de la
réalité visible. Les sciences ne font que comptabiliser, peser et "quantifier le visible" avec des outils : le "Règne de la Quantité" (et les Signes des Temps) comme disait
René Guénon (note 1). Mais où se trouve donc la Qualité, c’est-à-dire
l’Essence de la Réalité ? Les sciences ne s’en préoccupent pas, bien au contraire, elles en renient totalement l’existence puisque non quantifiable.
Le terme présente lui aussi dans sa racine cette profonde ambiguïté puisque de l’arabe "al-kymia" en provenance du grec ancien "khumeia" la signification première était la mixture,
le mélange. Bien entendu ce mélange concernait la "materia prima", la matière que l’on cherchait à comprendre dans toutes ses formes et variétés. Mais l’on pourra aussi s’interroger si déjà à ces époques reculées les savants ne s’étaient pas eux-mêmes logiquement inclus dans cette recherche de
Vérité en qualité de matière humaine, de ce
corps fait de matière, d’un
esprit capable d’étudier ce même corps physique, et de l’ultime question concernant ce qui se trouve derrière cet Esprit pensant : qu’y a-t-il finalement au-dessus ou dedans ? L’on conçoit donc immédiatement le caractère métaphysique de l’Alchimie, cette double appartenance, du terre-à-terre tangible (la matière physique) en s’élevant vers un
éther spirituel invisible et pourtant réel (l’Esprit pensant, conscient de lui-même et de son environnement). Pour en comprendre simplement toute cette complexité :
votre pensée, à cet instant, est elle-même intangible,
invisible et je l’espère de qualité, elle n’en est pourtant pas moins une essentielle
réalité que vous constatez à chaque instant… De quoi est-elle faite ? C’est donc ici aussi la substance invisible de la question posée par l’Alchimie depuis des millénaires, et cela continue, sous couvert de bien d’autres noms éparpillés dans diverses sciences séparées…
L’Alchimie est
UNE science, là où
LES sciences n’ont chacune fait que découper le réel en de multiples petits morceaux distincts sans en comprendre la quintessence d’un
TOUT globalement
unifié. Notre modernité scientifique et technique est devenue experte en "dualité de la Réalité" (le quantifiable et observable d’un côté, rejetant absolument "tout le reste" de l’autre), elle se trouve actuellement dans une grave position de schizophrénie en phase terminale. Inversement, l’Alchimie portait dès le départ en elle l’autre concept, celui de la
"non-dualité" de la Réalité qu’au VIIIe siècle le maitre spirituel
Adi Shankara (note 2) exposait déjà en enseignant la doctrine hindouiste de l’Advaita Vedanta.
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L’Alchimie au fil de l’Histoire et ses expérimentateurs
Dans les temps anciens et dans nos régions l’on pourra se poser légitimement la question du
Druidisme, lequel s’apparentait me semble-t-il déjà bien à une forme d’Alchimie précoce, avec ses premières expérimentations au sein de la Nature comme creuset fertile en obtenant des résultats probants avec diverses décoctions et
"mélanges" de toutes sortes surtout à des fins de soins divers. Mais c’est assez tardivement que l’Alchimie arriva chez nous, principalement transmise en occident alors qu’en
Chine et en
Inde l’Alchimie existait depuis plusieurs siècles avant J.-C., passant ensuite en
Égypte puis dans le monde
gréco-romain pour arriver dans nos contrées au
moyen-âge grâce à l’influence arabo-musulmane (commerce, échanges culturels). À cette époque l’on cherchait à réaliser le
"Grand Œuvre" (la transmutation des métaux, surtout du plomb en or), ou bien aussi la
"Pierre Philosophale" (Connaissance de toutes choses dans l’Univers) ou encore
"l’élixir de longue vie" (pour l’immortalité) et la
"Panacée" (remède universel pour guérir toutes les maladies).
De même et tous azimuts, ce sont les
secrets de la Vie et du Monde en général qui préoccupait une société savante multidisciplinaire en pleine effervescence au sortir de ce moyen-âge pour entrer par la suite dans une époque bien plus cartésienne et dite scientifique au sens que nous connaissons. De nombreux noms célèbres évoquant ces siècles de recherche et d’intense activité intellectuelle ne peuvent rester sans qu’on ne les cite tellement ils portent tous l’aura de l’Alchimie de ces temps anciens. Pêle-mêle, et pour votre recherche personnelle, je citerais par ordre chronologique quelques illustres savants et remarquables
précurseurs, depuis l’antiquité jusqu’à la Révolution française (qui nous fit entrer d’emblée dans une autre époque) :
Démocrite (concept d’Atome et de substances),
Pline l’Ancien (séparation de l’Or par le Mercure),
Zosime de Panopolis (alchimiste gréco-égyptien traducteur de papyrus anciens dont celui d’Hermès Trismégiste),
Nicéphore Blemmydès (savant byzantin, traité alchimiste "La Chysopée"),
Geber (de son nom arabe : "Jâbir ibn Hayyân", alchimiste astrologue découvreur des acides, du concept corps-esprit-âme, des 4 éléments, de l’élixir, etc…),
Arnaud de Villeneuve et
Albert Le Grand (alchimistes médiévaux et médecins, essais et traités d’alchimie, transmutation, distillation, etc.),
Roger Bacon ("doctor mirabilis", savant et alchimiste anglais, métaux et élixir de vie),
Nicolas Flamel (écrivain, copiste et libraire),
Paracelse (médecin, philosophe de la Nature et alchimiste).
Bien d’autres noms célèbres sont associés de près ou de loin de tout temps à l’Alchimie mais avec l’arrivée de la chimie moderne au XVIIIe siècle (Lavoisier,
Etienne-François Geoffroy,
Robert Boyle, etc.), l’Alchimie devient alors une discipline essentiellement
philosophique, laissant à la chimie l’exclusivité de l’expérience scientifique et de ses avancées techniques. Cette séparation fondamentale marque le début de ladite modernité de la science et de sa prédominance jusqu’à nos jours. Les Alchimistes qui suivront, notamment au XIXe siècle seront surtout des penseurs et des
métaphysiciens au sens plus
spirituel du terme en maintenant vivace l’esprit de
l’initiation dans l’étude des secrets des anciens ainsi que des
correspondances ou des analogies universelles à en déduire, dans ce sens :
Fulcanelli (ouvrages : "Les demeures philosophales" et "Le mystère des cathédrales"),
René Alleau ("Aspects de l’Alchimie traditionnelle"),
Louis Catiaux ("Le message retrouvé"),
C. G. Jung et son "Livre Rouge" sont pleinement d’inspiration alchimique et métaphysique.
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L’alchimie aujourd’hui : quantique, chamanique et karmique
Plus récemment, depuis quelques années nous assistons à un assez surprenant retournement de situation, à ce que l’on a l’habitude de nommer un
"changement de paradigme" dans le domaine des sciences. En effet l’étude de l’infiniment petit, c’est-à-dire plus précisément des particules subatomiques et de leur
aspect quantique, s’avèrent désorienter complètement les dogmes scientifiques préétablis en exposant une Réalité qui n’était pas écrite selon les habituelles équations attendues. Ainsi une
autre face de la Réalité s’ouvre aux sciences dites dures, celles des physiciens qui ne peuvent que constater que l’univers quantique qu’ils observent ne suit plus aucune règle, qu’en soulevant ce
voile les outils habituels se comportent de manière
irrationnelle, où, de plus, les observateurs humains peuvent par leur seule présence modifier radicalement la finalité des expériences… Ceci nous rappelle alors une autre histoire, plus ancienne : celle de l’Alchimie où la
Matière et l’Esprit sont indissociables d’une Réalité plus universelle, une Alchimie qui avait donc, bien avant les sciences modernes, découvert ce "secret", ce
Grand Œuvre en action dans un Univers mêlant conjointement la Physique macroscopique et le monde Quantique, sans oublier les expérimentateurs inclus dans ces deux
niveaux de Réalité.
J’irai jusqu’à dire et même affirmer qu’il existe certainement bien plus que deux niveaux de réalité, car le
chamanisme et la
magie des anciens (sans oublier l’Alchimie dont nous parlons) nous apprennent qu’au-delà de la matière visible coexiste un
monde éthérique, celui plus spirituel qui nous anime via une force vitale dont la science n’a toujours pas donné d’explication bien pertinente… De même, le monde des
idées, celui des pensées et des
rêves, celui de l’imagination et même des voyages
psychédéliques, doivent nous interroger sur cet invisible flux qui porte notre
Conscience et nous caractérise.
Si l’Alchimie a de tout temps été un sujet d’étude si complexe, tant au point de vue de la matière que de la
métaphysique, c’est qu’il n’existe pas fondamentalement de séparation entre ces différents mondes qui rendent compte d’une seule et même Réalité intimement
Unifiée. Le concept de Correspondance (d’analogie) entre la matière et l’esprit, si prédominant en Alchimie tout comme dans les
rituels de Magie, placent l’Homme comme un centre de
transmutation et d’intégration, une passerelle entre ces mondes sur divers niveaux de
conscience et de
perception. Au-delà de cette Matière si étudiée et de ces Esprits cogitant, doit-on placer encore un échelon supplémentaire de type
"karmique", avec l’ultime concept unificateur que représente l’Âme ?
De cette question fondamentale,
l’Homme, qu’il soit scientifique, chaman, alchimiste, initié aux Arts ésotériques ou simple profane, en sera durant toute sa vie terrestre interrogateur, ceci jusqu’à son dernier souffle vital lui permettant enfin, "en passant
au-delà", d’obtenir à coup sûr l’intrinsèque réponse post-existentielle ! Mais en attendant, nous avons tous le devoir de nous initier à la Vie et aux aléas existentiels de notre
Condition Humaine, nous guidant jusqu’au
"Point Oméga", comme le dirait
Pierre Teillhard de Chardin (note 3).
Note 1 : René Guénon, autorité intellectuelle du XXe siècle, auteur de très nombreux ouvrages ayant trait principalement à la métaphysique, au symbolisme, à l'ésotérisme et à la critique du monde moderne, dont : "Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps" - "La Crise du monde moderne" - "Les États multiples de l'être" - "Initiation et réalisation spirituelle" - "Les hiérarchies spirituelles" - "Formes traditionnelles et cycles cosmiques", et bien d’autres… (source Wikipédia)
Note 2 : Adi Shankara, l’un des plus célèbres maîtres spirituels de l'hindouisme, philosophe de l'école orthodoxe Advaita Vedānta, et commentateur des Upanishad védiques, du Brahma Sūtra et de la Bhagavad-Gita. La doctrine enseignée par Śaṅkara est connue sous l'expression de « non-dualité », c'est-à-dire la considération de la divinité dans sa totalité, au-delà de toute dualité, y compris entre Être et Non-Être. Il s'agit par la Connaissance (jñāna) de sortir de l'illusion (māyā) que Brahman est séparé de l'Ātman. La libération (moksha) se fait par le dépassement de cette illusion fondamentale qui se traduit au niveau individuel par l'ignorance (avidyā). (source Wikipédia)
Note 3 : Pierre Teillhard de Chardin, prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. Scientifique réputé, théoricien de l'évolution, Pierre Teilhard de Chardin trace une histoire de l'Univers, depuis la pré-vie jusqu'à la Terre finale (dans son livre "Le Phénomène humain" via un pôle de convergence de l'évolution : le "Point Oméga"). Pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d'une même réalité. (source Wikipédia)
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